
… C’est au moment où Jacob est en route, pauvre, seul, où il couche sur la terre nue dans le désert pour prendre son repos après une longue route à pied,
c’est au moment où il est dans cette douloureuse situation du voyageur isolé au milieu d’un long voyage en pays étranger et sauvage, sans gîte, c’est au moment où il se trouve dans cette triste
condition que Dieu le comble de faveurs incomparables ; Il lui apparaît dans une vision magnifique où, après lui avoir montré les anges occupés sans cesse à la garde des hommes, allant sans
cesse de la terre au ciel et du ciel à la terre pour leur donner tout ce qu’il leur faut, Il lui promet de le protéger pendant tout son voyage, de le combler
de grâces pendant sa vie et après sa mort, de bénir en un de ses descendants tous les peuples de la terre, de faire naître parmi ses petits enfants le Divin Sauveur… Il l’enveloppe tellement de
clarté et de bonheur que Jacob, ce pauvre voyageur si brisé er si triste en se couchant, se relève en s’écriant : « Ce lieu n’est autre que la maison de Dieu et la porte du Ciel. »
Qui aura peur désormais de faire, surtout si c’est pour Vous suivre, mon Dieu, pour Vous mieux aimer et Vous mieux servir, qui aura peur de faire de longues routes à pied, au travers de peuples
inconnus, seul et pauvre ? Qui aura peur, lorsque Vous inondez de telles délices ceux qui semblent destinés à tant de douleurs ? O mon Dieu, qu’il Vous est facile de changer la douleur
en joie, d’aplanir les montagnes, de rendre facile ce qui semble presque impossible… « Cherchez le royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît »… Faisons le plus
parfait, entreprenons-le et Dieu le fera réussir… Et ne craignons pas les longues routes seul à pied en mendiant notre pain, avec saint Pierre, saint Paul, tant d’autres saints, dès que nous
voyons qu’il est plus parfait de les entreprendre, nous ne sommes jamais seuls : notre ange gardien nous couvre de ses ailes, Jésus est dans notre cœur, Dieu nous enveloppe, la sainte Vierge
a les yeux sur nous, et c’est en des routes qui nous paraissent si tristes que Dieu nous force à crier : « Ce lieu est la maison de Dieu et la porte du Ciel. »
Charles de Foucauld
