Dans ta faiblesse, ton Amour
Pourquoi la Croix… ? Pourquoi, Seigneur, fallait-il que Tu ailles jusque-là… ? Fallait-il vraiment que Tu ailles jusque-là… ? Par Amour… nous as-Tu dis ! Mais pourquoi, Jésus, l’Amour devait-il Te conduire jusque-là ?
Tu T’es fait tout petit en naissant du sein de Marie, Tu T’es fait
vulnérable sur le bois de la Croix. Par Amour, nous as-Tu dit… Mais quel Amour, Seigneur… ? Faut-il vraiment « aimer jusqu’à l’impossible »… ?
Aimer… Amour et Vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent…
Comment aimer sans être vrai ? Être vrai, être soi-même pour soi et pour les autres, retirer les masques qui – est-ce bien vrai ? – nous
protègent.
A l’occasion du décès d’un homme célèbre, l’un de ses proches,
interrogé par une chaîne de télévision française, souligna le trait de caractère du défunt qui l’avait le plus marqué : la gentillesse : « Aujourd’hui, quand quelqu’un est
gentil, on considère que c’est un ‘con’ ». La gentillesse rend faible, vulnérable, nu. Dans un monde qui ne se base que sur des rapports de
force, sans pitié ni indulgence, la gentillesse est faiblesse, les gentils sont victimes, rebus inutiles. C’est vrai dans le monde d’aujourd’hui. C’est vrai tout simplement dans le monde. La
force sur laquelle veut se fonder le monde n’est autre que faiblesse. Pour faire son chemin en société, dans l’entreprise, en politique, il faut être fort. Du moins, donner de soi un visage fort,
un caractère solide, un moral à tout crin, une personnalité de fer. Le velours se fait écraser, piétiner. Mais qui peut prétendre être fort en tout instant de sa vie, en tout point de son
caractère, en toute circonstance ? Qui n’est jamais triste, ne doute jamais, n’a jamais de faiblesse ? Qui, dans sa vie, n’a jamais eu besoin de quiconque… ? Pourtant, qui, dans sa
vie sociale, professionnelle, relationnelle, laisse transparaître son visage sans honte, sans se sentir humilié, incapable, raté ? Qui, devant les autres, ose reconnaître sa
faiblesse… ? Alors on la déverse sur les divans des psys, chose même que l’on s’efforce de considérer comme un grand signe de liberté, de personnalité, de force. On n’a jamais vendu autant
d’antidépresseurs que depuis que le monde prétend se fonder sur la force, l’indépendance, l’autonomie de chacun… Les hommes et les femmes n’ont jamais été autant malheureux, à la recherche d’un
bonheur dont ils ne savent pas le chemin, que depuis qu’ils se disent bien dans leur peau. En public, pas de larmes, pas de tristesse, pas de manque.
Ce visage « public » n’est souvent autre qu’un masque, un
artifice visant à cacher ce que tout homme porte en son cœur : le besoin d’aimer et d’être aimé. On est faux quand on se refuse à le reconnaître. On a besoin d’amour. Mais combien petits
nous sentons-nous lorsque nous mendions l’amour de notre prochain… Combien faibles nous sentons-nous quand nous sommes vrais… Combien sommes-nous vrais lorsque nous acceptons d’aimer et d’être
aimés ! Dans les profonds moments de tristesse, les masques tombent. Dans les moments de souffrance, notre vrai visage se reflète devant nos yeux. Là, parce que dans ces moments-là, nous
avons un grand besoin d’amour, nous sommes vrais. C’est là que nous sentons la puissance de l’amour, et notre frustration d’amour. C’est là que nous nous sentons faibles, vulnérables, ne nous
suffisant plus à nous-mêmes. Et c’est en prenant conscience que nous avons besoin d’amour que, venant le mendier, nous sentons que nous avons besoin des autres, nous sentons notre pauvreté, nous
sentons que pour demander l’amour, il faut être vrais. Souffrir fait tomber les masques de nos quotidiens. Notre cœur est pauvre, et nous nous sentons d’autant plus pauvres que nous n’avons
jamais encore, ou si peu, mendié l’amour ! Une simple parole, un coup de téléphone, une rencontre, deviennent alors une nécessité mais aussi un supplice. J’ai besoin d’un autre, mais il ne
m’a jamais vu comme ça. Une larme sera d’autant plus ridicule sur mon visage que personne ne l’a jamais vue ! Mais si je reste seul, à porter ma souffrance, mon manque d’amour se creusera
plus encore, et ma souffrance sera plus dure. On a besoin d’amour, et c’est lorsque l’on souffre que l’on s’en rend le plus compte. Aimer nécessite d’être vrai ; être vrai, c’est être
faible. Mais être faible, c’est être fort, fort de l’amour qui fait grandir, qui fait de l’homme ce qu’il est : un puits d’amour ! Pleurer n’est pas manquer de maturité, mendier la
tendresse d’un ami n’est pas faiblesse, la gentillesse n’est autre que le visage de Dieu. Avoir besoin des autres, c’est leur monter la vocation de tout homme :
aimer !
Jésus, sur la Croix, s’est montré le plus faible, le plus vulnérable,
le plus meurtri, le plus pauvre. Il mendiait notre amour, et notre manque d’amour, notre assimilation des « gentils » à des « cons », l’ont cloué sur la Croix. Lui, ne reniant
pas la vocation de l’homme qu’il était, n’a pas cessé de frapper à la porte de nos cœurs, de nous aimer sans retour, de nous aimer malgré tout. Il n’a pas renoncé à être amour jusqu’au bout. Sur
la croix, mourant de ne pas être aimé, il reflétait le visage d’un Dieu qui n’est qu’Amour, Vérité, mais aussi le visage de l’homme qui meurt de ne pas être aimé. Le faible, le pauvre dont on se
moque, parce qu’il a été homme jusqu’au bout, sans orgueil, sans prétention de pouvoir se passer d’amour. Sans ambition du jardin d’Eden, ambition d’être comme des dieux qui se suffisent à
eux-mêmes, comme des automates agissant sans cœur et sans esprit. Dans l’humilité de celui qui, jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême, a cru, a su que l’homme, tel que Dieu l’a voulu, se réalise dans
et par l’amour. Cessons donc de cacher nos visages, hypocritement, derrière des masques de force, de puissance, d’artifice, bien plus ridicules qu’une croix puissance d’amour d’un Dieu qui nous a
aimés jusque-là ! Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre… Lui qui était sans péché, n’a pas jeté la pierre. Il a aimé,
indulgent, non en pensant que lui aussi était pécheur, mais vivant pleinement le besoin humain de l’amour. Cessons de regarder les péchés des autres ; leur plus grande pauvreté, comme la
nôtre, ce ne sont pas nos péchés, mais ce qui nous rend richissimes, notre besoin d’amour ! Cessons de juger les autres, voyons leur pauvreté comme la nôtre, comme un vide à combler
réciproquement, à inonder, pour la plus grande gloire de Dieu et pour la vraie grandeur de l’homme, d’un amour véritable !
Dans toute relation aussi, que jamais personne ne cache son vrai visage, pour la simple peur d'être "vu" par l'autre !!! Il y a une pudeur vraie et pure qui nécessite que l'on ne
montre pas tout, mais la vérité, on se doit de la montrer, du moins de ne pas la cacher derrière un semblant de supériorité... Dans ta faiblesse, ton amour !